La culture de l’absentéisme menace également les PME

Depuis la crise de 2008, le pourcentage de maladies de longue durée dans les PME a augmenté de 60 % à 120 %

Jeudi 26 avril 2018 — En 2017, le nombre de travailleurs absents était moins élevé. Mais en dépit d’une croissance moins prononcée, plus de travailleurs ont été malades pendant plus d’un an. Ce sont surtout les absences de durée moyenne (de 1 mois à 1 an) qui ont enregistré la plus forte hausse. Dans les entreprises employant jusqu’à 1000 travailleurs, 7 % d’entre eux étaient absents durant une journée moyenne pour cause de maladie ou d’accident de la vie privée. Ces dernières années, les PME sont, elles aussi, confrontées de plus en plus à des absences de longue durée. Plus la PME est grande, plus les déclarations de maladie sont fréquentes. Le danger d’une culture de l’absentéisme menace donc de frapper aussi bon nombre de PME.  

Doublement des personnes absentes de longue durée depuis la crise de 2008, mais ralentissement perceptible

La hausse presque continue de l’absentéisme dans le secteur privé belge depuis 2001 se poursuit également en 2017. Le pourcentage total de maladie pour les entreprises occupant jusqu’à 1000 travailleurs est passé de 6,58 % en 2016 à 6,88 % en 2017. Lors d’une journée de travail moyenne en 2017, 7 travailleurs au total étaient absents : 2 travailleurs sur 100 étaient absents moins d’un mois, 2 de un mois à un an et près de 3 depuis plus d’un an. 

Le principal responsable de cette évolution croissante continue reste encore toujours l’absentéisme de longue durée (absences de plus d’un an pour cause de maladie) : il passe de 2,68 % à 2,82 %. La nouveauté, c’est qu’en 2017, le pourcentage de maladie de durée moyenne (de 1 mois à 1 an) contribue lui aussi à cette tendance à la hausse (de 1,87 % à 1,99 %). Alors que le pourcentage de maladie de courte durée (moins de 1 mois) est resté stable (de 2,04 % à 2,07 %), le pourcentage de maladie de longue durée a enregistré une progression de 5 % et le pourcentage de maladie de durée moyenne, une progression de 6 %.

Attention requise autour de l’absentéisme dans les PME

Les grandes entreprises, mais aussi les PME, sont confrontées à un nombre croissant d’absences de longue durée. Depuis la crise de 2008, le pourcentage de travailleurs absents depuis plus d’un an durant une journée moyenne a augmenté de 60 % dans les plus petites PME et même de 120 % dans les plus grandes. 

Dans les microentreprises (moins de 10 travailleurs), les absences sont moins fréquentes, mais lorsqu’il y en a, elles sont en revanche de longue durée. Ces absences peu fréquentes, mais de longue durée, sont les plus manifestes dans les entreprises comptant jusqu’à 5 travailleurs. Les absences y durent en moyenne un peu plus longtemps que dans des entreprises à partir de 1000 travailleurs : 20,18 contre 18,30 journées de travail par déclaration de maladie en 2017. Un travailleur s’y déclare malade en moyenne 0,59 fois par an (à titre de comparaison : un travailleur belge moyen se déclare 1,06 fois malade pour une durée de 16,3 jours de travail).

Heidi Verlinden, HR Research Expert : « Ces travailleurs ne restent à la maison que s’il n’est pas possible de faire autrement : en cas de problème nécessitant un long traitement ou un long rétablissement. Parfois même parce qu’ils ont travaillé trop longtemps. D’où la très longue durée de ces rares absences dans les microentreprises. »

Pour ce qui est des entreprises employant jusqu’à 200 travailleurs, la situation est la suivante : plus l’entreprise est grande, plus les absences sont fréquentes. Cela veut dire également qu’une PME en croissance est confrontée de plus en plus souvent à des déclarations de maladie. Cela pèse lourdement sur son organisation. Les plus grandes d’entre elles affichent même une fréquence plus élevée que celle d’entreprises de 500 à 1000 travailleurs : 1,31 contre 1,21 déclarations de maladie par personne en 2017. Les plus grandes d’entre elles enregistrent également plus du double de déclarations de maladie par personne en comparaison avec les plus petites (1,31 contre 0,59).

Heidi Verlinden, HR Research Expert : « S’il règne encore une culture familiale dans les petites PME, celle-ci disparaît à mesure que l’entreprise grandit. Plus l’entreprise grandit, plus l’accent est mis sur la hiérarchie. Et plus il y a de supérieurs hiérarchiques qui assurent la coordination du travail. De ce fait, les travailleurs se sentent (ou doivent se sentir) moins responsables en cas de maladie pour le travail en suspens ou qui est transféré à des collègues. Les travailleurs des entreprises à partir de 100 travailleurs ressentent plus de pression que dans les entreprises de plus petite taille, notamment du fait d’une limitation des possibilités d’adaptation de l’emploi. Charge de travail, précarité de l’emploi, peu d’opportunités de promotion et mauvaise communication sont souvent les principales sources du stress au travail et des absences dans ces PME. La fréquence du nombre de déclarations de maladie augmente avec la croissance de l’entreprise du fait de l’évolution d’une culture familiale vers une culture d’absentéisme. »

Évolutions sociétales à la base d’un absentéisme croissant

Tout comme dans les grandes entreprises, il y a également dans les PME trois raisons fondamentales au nombre croissant d’absences de longue durée : des travailleurs vieillissants et donc toujours actifs, le stress chronique et le style de vie sédentaire.

  1. Le pourcentage de travailleurs de plus de 55 ans est aussi élevé et tout aussi croissant dans les PME que dans les grandes entreprises. Ce qui caractérise ce groupe de travailleurs, c’est son modèle d’absentéisme de longue durée, qui entraîne également une pression croissante sur le pourcentage de maladies de longue durée dans les PME.
  2. Les petites entreprises sont confrontées elles aussi à un stress croissant, tant privé que professionnel. Elles constatent un nombre croissant de cas de burn-out et plus d’absences de longue durée.
  3. De plus en plus de travailleurs sont trop souvent assis et font trop peu d’exercice. Qui plus est, les PME disposent d’un plus petit budget pour des moyens ergonomiques, comme des bureaux et des chaises adaptés.

La baisse, pas pour tout de suite

Securex s’attend à ce que l’absentéisme de longue durée continue à augmenter dans les années à venir. D’un côté, on observe ces dernières années une tendance à la hausse de l’absentéisme de longue durée. De l’autre, les évolutions démographiques telles que le vieillissement et le degré d’activité plus élevé des plus de 55 ans font que l’absentéisme de longue durée typique des travailleurs plus âgés pèsera encore plus lourdement sur les chiffres totaux.

La problématique relative à la santé mentale et physique fait elle aussi augmenter l’absentéisme. Le nombre de travailleurs présentant un risque accru de burn-out a augmenté de 70 % entre 2014 et 2017. Rien n’indique que la charge de travail croissante et l’interpénétration du travail et de la vie privée s’arrêtera dans les prochaines années. L’attention des employeurs quant à la charge mentale est stable depuis 4 ans.

Heidi Verlinden, HR Research Expert : « Bien que la baisse ne soit pas pour tout de suite, l’augmentation est désormais moins forte. Ceci peut s’expliquer par la nouvelle loi de réintégration qui est entrée en vigueur en décembre 2016 et par certaines mesures tant des pouvoirs publics que des entreprises. »

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À propos de l’étude

L’échantillon de base de 2017 comporte 27.184 employeurs et 234.358 travailleurs du secteur privé.

Il ressort d’une comparaison avec les données de population de l’ONSS que notre échantillon reflète le marché de l’emploi belge pour le statut, le genre, l’âge des travailleurs et pour la taille des entreprises employant jusqu’à 1000 travailleurs. Il est moins représentatif pour les régions. C’est la raison pour laquelle nous corrigeons les chiffres d’absentéisme au moyen d’un facteur de pondération spécifique à chaque province.

Le nombre d’entreprises de plus de 1000 travailleurs de notre échantillon fluctue. Vu le poids d’une grande entreprise sur le chiffre de l’absentéisme de l’ensemble de l’échantillon, nous ne reprenons plus désormais de telles entreprises dans les chiffres totaux. Nous évitons ainsi une fluctuation dans les chiffres d’évolution engendrée par une fluctuation de l’échantillon.

Evolution du pourcentage de maladie de longue durée selon la taille de l’entreprise