Le harcèlement au travail a augmenté d’un tiers

Absences plus fréquentes et plus longues chez les victimes de comportement abusif

Mercredi 26 octobre 2016 — Près de 30 % des travailleurs belges sont aujourd'hui confrontés à un comportement abusif au travail. Et plus particulièrement le harcèlement moral qui, en deux ans, connaît une augmentation importante de 35 %. Tel est le constat de la nouvelle enquête du prestataire de services RH Securex, menée tous les deux ans, auprès de 1.754 travailleurs. La plupart du temps, les travailleurs indiquent leurs supérieurs comme les auteurs de harcèlement moral, de discrimination ou de harcèlement sexuel. Les conséquences ne sont pas négligeables : les personnes s’estimant victimes de comportements abusifs présentent davantage de risque de s'absenter plus longtemps et plus souvent, elles quittent plus facilement leur entreprise et se sentent moins aptes à travailler jusqu’à l’âge de la retraite récemment allongé.

Une personne sur trois confrontée au comportement abusif

Plus de 29 % des travailleurs belges estiment avoir été confrontés à une ou plusieurs formes de comportement abusif. 19 % signalent avoir fait l’objet d’agression physique sur le lieu de travail, 14 % ressentent du harcèlement moral, 2 % se sentent victimes de harcèlement sexuel et 14 % se disent discriminés. Le nombre de travailleurs signalant devoir faire face à des formes de comportement abusif connaît une augmentation importante de 21 % par rapport à 2013, lorsqu’il était encore question de 24 % des travailleurs belges. Ce fait s’explique principalement par une augmentation spectaculaire du nombre de cas de harcèlement moral (+ 35 %) et d’agression (+ 21 %) mis en avant par les travailleurs.

Dans deux cas sur trois, le travailleur indique son responsable hiérarchique comme harceleur

14 % des travailleurs se sentent victimes de harcèlement moral. Dans 64 % des cas, c’est le supérieur hiérarchique qui est pointé du doigt, dans 30 % des cas c’est un collègue, dans 19 % des cas un groupe de collègues et dans 36 % des cas c’est une personne extérieure qui est citée. Les jeunes de moins de 30 ans se sentent moins harcelés que les travailleurs plus âgés (8 contre 15 %). Les travailleurs en Wallonie et à Bruxelles se sentent davantage harcelés que ceux en Flandre (19 % et 18 % contre 12 %).

Eva Praet, senior consultant Health & Safety : « Que les travailleurs indiquent principalement leur supérieur hiérarchique comme l’auteur de leur harcèlement peut s’ expliquer, dans de nombreux cas, par la relation d’autorité. Les travailleurs les désignent souvent pour démontrer leur impuissance ou pour prouver que leur employeur est depuis longtemps informé de la situation, mais ne fait rien pour y remédier. Le fait qu’il ne se passe rien, ne découle souvent pas d’une mauvaise volonté ou de malveillance, mais plutôt d’un manque de compétences, d’outils et de perspicacité pour résoudre le conflit. »

L'agression progresse légèrement, la discrimination et le harcèlement sexuel de façon stable

Plus de 19 % des travailleurs affirment à ce jour être victimes d’agression sur leur lieu de travail, l’auteur cité étant souvent une personne extérieure à la société comme un client ou un patient (46 %). Ainsi, le nombre de victimes d’agression est lui aussi plus élevé dans les secteurs où les travailleurs ont de nombreux contacts avec des clients ou des patients comme dans le secteur public (23 % contre 17 % dans le secteur privé). Les employés déclarent davantage être victimes d’agression que les ouvriers et les cadres (20 % contre 17 %). Tout comme le harcèlement moral, l’agression est également mis en avant de manière plus fréquente en Wallonie qu’en Flandre ou à Bruxelles (24 % contre 18 % et 17 %).

On ne dénote pas de changement dans le taux de discrimination et de harcèlement sexuel. 14 % des travailleurs se sentent discriminés, dans la majorité des cas par leur responsable hiérarchique (70 %).

18 % se sentent discriminés par un collègue, 19 % par un groupe de collègues et 10 % par des personnes extérieures. Une fois encore, la discrimination est plus poussée à Bruxelles et en Wallonie qu’en Flandre (20 % et 16 % contre 12 %).

Tout comme il y a deux ans, 2 % des travailleurs se sentent victimes de harcèlement sexuel, dont l’auteur cité est toujours le supérieur hiérarchique (100 %). 42% déclarent que ce comportement impliquait également un collègue, 16 % un groupe de collègues et 23 % une personne extérieure. Le harcèlement sexuel au travail fait plus du double de victimes présumées chez les femmes que chez les hommes. On le retrouve également davantage chez les vingtenaires que chez les travailleurs plus âgés.

Heidi Verlinden, HR Research Expert : « Le nombre croissant des cas de harcèlement moral et d’agression dont les travailleurs témoignent est en partie dû à  la hausse de la charge de travail et du stress. De plus, l’impact des tendances récentes, comme le télétravail et l’utilisation croissante des smartphones et des réseaux sociaux ne doit pas être sous-estimé. Les collègues se parlent moins entre eux, résolvent leurs conflits plus difficilement et se retrouvent moins ensemble, juste pour le plaisir. »

Des absences plus longues et plus fréquentes, une rotation plus importante et plus vite à la retraite

Les travailleurs qui se sentent harcelés, discriminés ou agressés présentent 2 à 3 fois plus de risques de s’absenter plus d’un mois du travail que ceux qui ne ressentent pas comme tel. Ils sont également plus nombreux à être fréquemment absents  (3 fois ou plus en 1 an) et leur désir de quitter l’employeur actuel à court ou long terme est plus élevé que chez les travailleurs qui ne se sentent pas victimes de comportements abusifs.

En outre, les travailleurs confrontés à l’agression se sentent moins aptes à travailler longtemps que leurs collègues (jusqu’à 61 contre 62 ans). Il en va de même pour les travailleurs qui se sentent discriminés (60,3 contre 62 ans) ou victimes de harcèlement moral (60,6 contre 62 ans). Ce dernier groupe déclare également vouloir travailler moins longtemps (59 contre 60,3 ans).

Heidi Verlinden : « Cette enquête est un thème dactualité brûlante, car elle démontre que lapproche du comportement abusif peut aider à rendre mieux supportable lâge de la retraite récemment allongé. En outre, cette approche fait partie des campagnes de prévention du gouvernement et cadre dans la législation renouvelée depuis 2014 sur les risques psychosociaux au travail. »

Quelles mesures un employeur peut-il prendre pour contrer un comportement abusif ?

  • Rendre les employeurs et les travailleurs plus compétents quand il s’agit de régler un conflit ou un comportement inacceptable. Il est indispensable de clarifier au plus vite les problèmes de stress, les frustrations et les conflits, avant qu’ils ne dégénèrent en un comportement abusif.

  • Favoriser les changements culturels : davantage de soutien social, de reconnaissance, de justice, d’autonomie et de confiance. Donner un signal clair que vous ne tolérez aucun comportement abusif. Et agissez en conséquence car ne pas intervenir équivaut à tolérer ce genre de comportement.

  • Encourager vos travailleurs à faire appel à leur personne de confiance ou à aller chercher du soutien chez le conseiller en prévention aspects psychosociaux (éventuellement externe). De préférence à un stade précoce du conflit interne et non lorsque qu’on est arrivé à un point où le travailleur désigne un « coupable » via une « demande d’intervention formelle ».

 

A propos de l’enquête

Cette étude s’est tenue dans le cadre de l’enquête benchmark que nous menons tous les deux ans. Nous y identifions notamment les aspects suivants : satisfaction, stress, vitalité, motivation et implication du travailleur belge. Nous avons recueilli les données au moyen d’enquêtes en ligne.

1 754 travailleurs salariés issus du marché du travail en Belgique ont pris part à l’étude au printemps (janvier) de 2015. Après ré-échantillonnage, l’échantillon comptait 1 671 répondants. La répartition d’échantillonnage pour les variables sexe, âge, région et statut correspond à la répartition dans le marché du travail en Belgique.